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  • Un rêve de lumière au fond des ténèbres. Le fil de nos jours est ténu mais vaut la peine d'être tenu. Brillez, belles lumières car nous sommes tous beaux.

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Lundi 5 janvier 2009 1 05 /01 /Jan /2009 16:17
     Si tout va bien, je meurs demain. Ma vie est accomplie. Demain, les mystères seront éclaircis.

     Qui me fera passer la Grande Porte ? Le Sluagh aérien annoncé par le son cristallin de ses joyeux grelots, la mine de clair de lune au milieu d'un halo lactescent ? Ou les Vendoiselles sémillantes d'allégresse dans leurs voiles de vent, insaisissables ?

    Tout dépendra. L'amour a rempli ma vie et mon corps, qui jusqu'alors appartenait à mon ami, ne sera plus qu'éther dissipé au gré du vent. L'impalpable me conviendrait sürement, la caresse du vent perdurant celle de mon amant.

     Mes ailes déploieraient l'irisée d'arc-en-ciel et j'imagine déjà l'exclamation éblouie des enfants surpris. Si jeunes encore, ils n'imagineraient guère qu'hier encore, d'un salut sonore, ils me souhaitaient la bienvenue.

     Demain, ce sera à moi de leur offrir une part de rêve. Je les guiderai doucement, ensemençant leur imagination d'une graine d'au-delà. Je les aiderai à faire vivre un monde maintes fois imaginé, maintes fois recréé.

     Oui, si tout va bien, demain je meurs, libre de chevaucher les ailes du temps au gré du vent...





En réponse à www.ecritureludique.net " 02 - "Si tout va bien" (Polly)
Par DameBlanche - Publié dans : Ecriture ludique - Communauté : Ecriture Ludique
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 16:11

     Les deux hommes attrapèrent leur imperméable puis partirent en toute hâte, laissant le vide de leur fauteuil face à leurs interlocuteurs. Que s'étaient-ils dit pour faire naître une telle précipitation ? Comment mener la réunion sans leur participation ? Des décisions rapides étaient indispensables.

                                                      **********


     Cinq heures du matin. Tous deux s'étaient retrouvé au pied de la colline. La forêt s'étendait face à eux. Le soleil se levait à peine et colorait de rouge la cîme des arbres. Le sommet, nu et abrupte, déserté de toute végétation, pouvait sembler inquiétant sous ce rouge sang.
    
     La tâche qui les attendait ne serait guère facile, néanmoins, si quelqu'un pouvait faire quelque chose, eux seuls seraient en mesure d'y parvenir. Autrefois, dans leur enfance, ils l'avaient rencontré. Il les avait sauvé et par la suite, avaient joué ensemble. Que resterait-il de cet heureux temps ?

     Ajustant leur sac à dos, ils se regardèrent droit dans les yeux :

- Prêt ?
- Prêt !

     Silencieusement, ils s'engagèrent sous les frondaisons. L'air chuchotait du doux frémissement du matin, la brise tout juste levée, le premier appel craintif des oiseaux : les autres avaient-ils passé la nuit, les dangers nocturnes les avaient-ils épargné ? Les fleurs inondées des rayons solaire primaires ouvraient largement leur corole, prêtes à recevoir les hommages bourdonnants des abeilles. L'air respirait la quiétude d'une nature qui s'ouvrait à un jour nouveau. Ils évoluaient dans un univers encore vierge.

     Ils devaient faire vite. Auraient-ils seulement suffisamment de diplomacie pour calmer sa colère dévastatrice ? Leurs pas cadencés suivaient un sentier invisible. Encore quelques centaines de mètres et ils pourraient repérer son passage le plus récent. C'était l'un de leurs jeux d'enfants.

     Ils n'échangeaient guère qu'un mot ou deux, préférant le coup d'oeil complice à de longues discutions. Ils se connaissaient si bien.

     La piste devenait de plus en plus précise à mesure qu'ils approchaient du sommet. Cela faisait maintenant plusieurs heures qu'ils marchaient, le bout du chemin pointait.

     Enfin, ils se figèrent : deux yeux d'étoiles brillant au milieu d'une source claire les observaient. Il était heureux de leur arrivée. Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient vus. L'amas mousseux parsemé de fleurettes se déplaçaient avec une rapidité surprenante pour une masse aussi imposante. Bientôt, il les écrasait sur sa poitrine de roc. Son esprit communiquait avec le leur. Trop tard, les yeux de pierres brillantes prirent l'allure terne d'eau croupie. Il avait compris : les hommes voulaient détruire sa nature millénaire. Il était Troll Primitif, le dernier. Il était protecteur de la nature, pas celui dénaturé des contes et légendes, avides et méchants. Il les souleva tous deux de ses bras puissants en poussant de grands cris, provoquant la tempête qu'ils chevauchèrent afin de clamer son refus d'un tel abus, éteignant au passage l'éclat du soleil par de violentes averses.

     Mais comment pouvait-on donc faire ainsi la pluie et le beau temps !!?




En réponse à www.ecritureludique.net - exercice n°70 - Début & fin + image (Flora)

Par DameBlanche - Publié dans : Ecriture ludique - Communauté : Ecriture Ludique
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Jeudi 4 décembre 2008 4 04 /12 /Déc /2008 11:36
     Il lève la tête et remarque la blancheur du ciel d'hiver. La neige est là, prête à couvrir d'immaculé le paysage familier. Pour un temps, champs et près vont se mêler, indéfinis sous le manteau scintillant.

     Il se frotte les mains, plus de satisfaction que sous la piqure gelée de la température. Le thermomètre flirte avec le zéro, il le sait, pas besoin de vérifier. Bientôt,il sera temps. Chaque année, alors que les feuilles commencent à rougir sous l'affront du temps, s'amorce son attente. Lors de ses balades , la feuillée craquante sous ses pas, ses pensées l'amènent irrémédiablement vers un autre temps.

     Aujourd'hui sera ce jour. Lorsque les nuages craqueront leur blanc duvet et que les flocons danseront leur ballet nonchalant, il n'aura qu'à attendre.

     Ils viendront. Ils ne manquent jamais de le faire.

     Malgré le froid, il s'assied sur le rocher moussu. C'est toujours le même. Qui sait depuis combien de temps il règne là, clamant sa présence en cette terre ? Et combien d'autres s'y sont assis, comme lui aujourd'hui ?

     Il n'a pas oublié d'apporter un peu de lait et quelques épices.

     Très fine d'abord, la neige entame sont rituel, doucement. Peu à peu la danse devient de plus en plus opaque : de fines gouttes à peine givrées, elle s'est transformée en plume de duvet qui s'écrasent sur son visage.

     Il sera bientôt temps, le blanc est presque parfait....


(création personnelle, merci de me demander l'autorisation avant toute copie, entière ou partielle)
Par DameBlanche - Publié dans : textes courts
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 18:44

L’ECHAPPEE DU MUSEE

 

 

 

            A contempler ainsi ces personnages, l’envie me prenait, insidieuse, d’en connaître leurs aspirations. Pourquoi avait-elle si douce expression ? Son visage si lisse, légèrement coloré de rose aux joues, dégageait grande sérénité. Son sourire doucement rêveur invitait aux baisers. Sa main aux longs doigts déliés distribuait d’un geste négligent quelques graines aux oiseaux des bois, si peu effarouchés.

 

            Lui, de son regard captivé, observait chaque détail d’elle abandonné aux grâces des moineaux. Un lien secret les unissait. D’une pensée, je m’invitais, et soudain, j’entendais les oiseaux chanter. Je m’étais insinué à leurs côtés sans connaître le procédé utilisé…

 

            Les oiseaux pépiaient à mes pieds, guère surpris de ma soudaine présence mais non plus indifférents, tout au  plus un brin de méfiance inscrit dans leur physionomie légèrement plus attentive. Leurs petits yeux noirs et luisants de gaieté se levaient à mon encontre tour à tour curieux et interrogatifs. Avais-je ma place dans leur tableau ? Je voyais leurs questions défiler et du mieux que je pouvais, je tentais de les rasséréner. Que pouvais-je leur apporter ? Quel rôle devais-je jouer dans leur existence ? J’espérais que dans mon regard aussi se lisaient les réponses propres à les tranquilliser.

 

            Deux paires d’yeux verts me considéraient aussi, guère plus surpris que les oiseaux. Ils me parlaient, la voix chantante, d’un langage inconnu de moi. Leur accent parcourut de la douceur d’une caresse, ils m’entraînaient, chacun m’ayant saisi par une main. Ils m’ouvrirent leur monde qui m’avait tant intrigué et me faisaient découvrir ce qui se dissimulait derrière l’aubépine si belle dans sa parure de blanches fleurs.

 

            Ils étaient là, sémillants et éthérée. Ils s’activaient à leur art, chacun dans sa spécialité. Le soleil découpait en dentelle d’or ses rayons à travers les feuillages étendus sous sa chaude caresse et l’ombre jouait de sa fraîcheur sur leurs petits visages. Leurs doux sourires s’éclairaient sur mon passage.

 

            Au centre, une fontaine disait sa chanson cristalline accompagnée du gazouillis joyeux des oiseaux. Curieux des légendes si souvent contées, j’osais un regard au cœur du fluide miroir. Chacun s’arrêta, figeant son geste. L’eau se brouilla en une nuée laiteuse. Des couleurs pâles, irisées, s’ébauchèrent en dansant en un tourbillon d’images encore imprécises. Ce qu’elles dévoilaient m’affolait. Ma stupéfaction s’inscrivait sur ma physionomie. Tous guettaient ma réaction. Ils savaient et m’attendaient.

 

            Enfin, mes deux compagnons m’entourèrent de leur doux langage. La musique de leur voix s’insinua au cœur de ma torpeur où l’imprévisible m’avait précipité. Ils cherchaient à m’entraîner. Le temps comptait désormais. Je les suivais en une course vertigineuse. Bientôt, tout deux s’arrêtaient, engagés en une discussion animée. Le litige portait visiblement sur la direction à emprunter. Pour finir, ils se tournèrent vers moi, bras croisés. Ils attendaient ma décision ! Bien embarrassé, je contemplais les arbres qui nous encerclaient. Comment se repérer ? Le silence s’éternisait sans que leur visage n’affiche la moindre impatience tandis que l’incertitude me submergeait.

 

            L’éclair argenté détourna mon attention. Des trilles suaves frôlant la quintessence harmonique s’élevèrent claires dans les airs. Il était là, posé sur une basse branche. Les perles noires de ses petits yeux m’observaient avec une rare intensité. Le gris de ses plumes brillait à l’égal d’un miroir. Sa danse sautillante m’invitait dans sa direction. Le doux sourire de mes hôtes s’élargit, confortant ma résolution. D’un battement d’aile, l‘oiseau nous devança.

 

            Une clairière s’ouvrait au loin, baignant de l’or de l’astre solaire. Au centre, le marbre blanc luisait : le flirt du soleil jouait savamment de la transparence de ses veines. La perfection de ses formes s’intégrait merveilleusement au paysage. La délicatesse de sa main tendue évoquait l’ébauche de la caresse d’une amante. L’oiseau était allé se poster doucement sur les reflets lactescents de sa chevelure. Il chantait de plus bel. Un halot opalescent s’échappait de la paume de la main. Je m’approchais : sa transparence mauve nervurée de nacre flamboyait. Son apparente fragilité m’émouvait profondément. Je le recueillis avec d’infinies précautions, émerveillé par tant de perfection.

 

            Mon regard éperdu chercha instinctivement celui de mes compagnons. Ma stupéfaction remplaça alors l’enchantement. Leurs ailes chatoyantes avaient disparues ; les rues agitées par la cohue des heures de pointe remplaçaient la quiétude enchanteresse de la forêt. Submergé par une appréhension soudaine, j’ouvrais précipitamment la main : il était toujours là, inchangé, irradiant sa clarté au creux de ma paume. Un moineau pépiait à mes pieds. Une plume de miroir argenté ornait le milieu de sa queue. Maintenant, je savais quel rôle m’était assigné. Mon regard parcourut l’horizon. La fontaine m’avait parlé et je cherchais ce qu’elle m’avait révélé. Rien n’y ressemblait. L’angoisse de nouveau m’étreignait. Puis, mon regard rencontra celui de Plume d’Argent qui, aussitôt, s’envola en de joyeux trilles. Il ouvrait de nouveau le chemin. Il était mes yeux…

 

            Enfin, je déposais mon précieux fardeau là où le destin des mondes en avait besoin. Sitôt en place, mon moineau s’envola haut vers l’infini du ciel, lançant allègrement sa dernière note cristalline avant de disparaître dans l’immensité des cieux. Je me retournais : mes amis avaient eux aussi disparus. Un léger scintillement flottait encore alentour. Je décidais alors de retourner au musée, là où je les avais rencontrés. Je me demandais si cette échappée hors du temps n’avait été qu’un rêve…

 

            Le tableau attirait la curiosité alors que j’avais été seul à l’admirer auparavant. La foule l’entourait : s’il avait été beau lorsque je l’avais contemplé, quelque chose d’encore plus magique s’en dégageait, un je-ne-sais-quoi d’exceptionnel qui l’illuminait. Mes amis souriaient toujours à la même place mais leur regard accrochait le mien. Le lien qui nous avait uni perdurait. Ils avaient retrouvé leurs ailes moirées d’elfes, le seul endroit où leur incongruité passait inaperçu. Plume d’Argent chantait toujours, perché sur son rocher, picorant de temps à autre une graine ou deux au creux de leur main. Et personne ne savait …

Par DameBlanche - Publié dans : Nouvelles
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 18:11

LUMIERES ABSOLUES

 

 

Que faire ? Huit portes. Toutes étaient semblables et cependant différentes. Rien ne les distinguait les unes des autres. Leur divergence résidait uniquement en un sentiment diffus de certitude.

Et lui était là, étalant sa tentation. Pourtant je le savais inaccessible, je m’en étais assuré auparavant. Il ne m’avait offert qu’un vide oppressant, une blancheur immaculée exempte de toute tâche comme tout ce qui m’entourait ici.

La gaieté douçâtre du rire envahissait de nouveau l’espace. A devenir fou, même si aucune hostilité ne teintait son accent.

- Lance-toi, il y en a huit. Une seule ouvre le chemin mais toutes ensembles sont équilibre.

- Me diras-tu enfin qui tu es ainsi que ce que je fais ici ? Et toute cette blancheur…

Roulement profond du rire, encore…

- La porte est entre-ouverte…

Clap !

Trop tard, elle s’était refermée et impossible de savoir laquelle était-ce, l’écho sous ce dôme impressionnant brouillait l’ouïe. Même alors, toutes m’étaient apparues fermées sans exception. Je me décidais, une pointe d’appréhension aiguillonnant le creux de mon ventre. Un couloir immaculé comme le reste et une autre porte à son extrémité.

Je m’engageais, faisant taire le serpent de mes entrailles. Un souffle imperceptible ainsi que le doux rire m’effleurèrent l’oreille, provoquant un nouveau frisson.

- Qu’est qu’un livre ? murmura-t-il.

La question me surpris néanmoins je ne me démontais pas :

- Il est sciences et sagesses. Il est l’écho de la connaissance.

- Tu pourrais faire beaucoup mieux…

Le souffle m’effleura de nouveau.

Ce couloir n’avait été que l’illusion de la facilité : il débouchait sur un minuscule sas, de la largeur de chacune des quatre portes qui le composaient. Au moins le choix était-il réduit de moitié. Derechef, la voix susurra :

- Les portes sont ouvertes ou fermées. Qu’est-ce qu’un livre ?

- Il est ouvert ou fermé. Il livre sa connaissance ou la garde. Ouvert il est fécondé, fermé il est vierge.

Le soupir amusé s’évapora, me laissant seul face aux énigmes des portes. J’ignorais toujours ce que je faisais en cet endroit et je ne savais guère non plus ce que j’y cherchais. Le couloir désormais formait un coude léger. Mes pas résonnaient, m’emplissant de leur résonnance en même temps que la suavité d’un parfum aux effluves surannées. Je le connaissais, j’en étais persuadé. Cette acre senteur ressemblait à…

Une nouvelle porte, toujours aussi semblable aux autres avec un je-ne-sais-quoi d’autre chose. L’espace vierge de toute couleur éblouissait mes yeux déjà meurtris par l’absence de toute substance matérielle. En son centre, un autre livre dressé sur un pupitre. Il était ouvert, la première page tournée et l’ombre des mots dans cette blancheur raisonnait aussi sûrement qu’un cri porté par l’écho. Le tracé sombre cheminait, ses volutes s’enlaçaient :

Qu’est-ce qu’un livre ?

Je sursautais. La plaisanterie commençait à me peser lourdement. Avec son habituelle douceur, le rire chantait, aussi doux que la tendresse prodiguée par une mère. Celui-ci par contre, je commençais à l’apprécier vraiment. Lisant la phrase, il murmura de nouveau :

- Qu’est-ce qu’un livre ?

La réponse franchit mes lèvres avant même que je ne m’en aperçoive :

- Il est le centre de l’Univers.

Je commençais enfin à comprendre : de même que les portes s’ouvraient, le savoir me pénétrait. Les choses devenaient limpides, leur pourquoi criait l’évidence.

Je tournais la page, celle qui désormais ne serait plus jamais la même. L’ignorance me fuyait. Les mots s’alignaient, les lignes s’empilaient.

D’autres portes encore présentaient leur mystère à dévoiler. Désormais, elles n’avaient plus rien d’inquiétant. Alors que, confiant, j’empruntais un nouveau chemin, j’observais la hauteur de ces murs vertigineux : le savoir pouvait atteindre des hauteurs prodigieuses néanmoins, il ne pouvait s’en échapper, le dôme y veillait, de la même manière qu’ils me contenaient. Baissant les yeux, ivre d’altitude, je sursautais. Rien ne m’y avait préparé : le mur parvenait à sa fin, sans l’ombre d’une quelconque ouverture. Il me fallait rebrousser chemin. Même la voix s’était enfuie. Lorsque je pénétrais de nouveau dans la pièce, la blancheur des pages me le hurlait : je m’étais fourvoyé, ma prétention les avait effacées.

Vite, une autre porte. Pas de couloir cette fois-ci, juste une pièce si semblable et pourtant si différente, comme toujours.

La voix souffla de nouveau au creux de mon oreille, réconfortante :

- Qu’est-ce qu’un livre ?

De même que tout à l’heure, mon haleine franchit mes lèvres et formait des mots au sens mystérieux que je n’avais nullement conscience d’avoir pensé auparavant.

- Il est l’Alpha et l’Oméga, là où tout commence et là où tout finit.

Je ne les comprenais pas. Je tournais les pages. Elles étaient noires d’encre tracée. Les mots de nouveau s’enchaînaient. Ils dansaient leur sarabande, ils m’embrouillaient. Enfin, ils prenaient leur place et la lumière m’éclairait.

Exalté, j’ouvrais encore une porte. De toute manière, il n’y en avait qu’une. Une multitude de couloirs, encore et toujours. Ils s’ouvraient et se ramifiaient vers l’infini. L’embarras d’un choix aussi divers me décontenançait et je restais à contempler toutes les possibilités.

Un tiède tourbillon m’enveloppait, flirtant avec mon être. Il insinuait sa douce tiédeur sous l’étoffe de mes vêtements, savourant le frisson qu’il savait provoquer immanquablement. Il me tenait serré, comme pour m’empêcher d’avancer. Je me libérais enfin et allais.

Les couloirs défilaient sans jamais s’arrêter. Des mots parfois me traversaient l’esprit. Ils s’écoulaient, les uns suivant les autres et leur sens m’apparaissait. Ils me chuchotaient des réponses : le livre renfermait l’Univers. Il est l’Arbre de Vie… Je savais maintenant que je déambulais dans les couloirs d’un monde qui devait rester clos…

Le rire, encore, plein d’une douceur désolée…

 

 

§§§§§§§§§

 

 

J’ouvrais les yeux. Le rire raisonnait encore. Je contemplais le bleu intense du ciel à travers l’enchevêtrement des branches du chêne. L’écho se répercutait par de-là les frondaisons. Le cliquetis de la vaisselle, tasses et cuillers, le chuchotis indistinct des conversations, tout me parvenait, lointain, agréablement couvert par la douceur joyeuse du rire. J’en cherchais sa provenance, scrutant chaque branche, fouillant derrière chaque feuille, le regard alerte, prêt à surprendre toute créature d’un monde oublié.

Le bruissement de l’herbe à mes côtés me fit tourner la tête. Sa barbe longue et blanche s’étalait majestueusement sur sa poitrine débraillée. Son regard pétillant d’intelligence m’observait. Il semblait heureux d’être là, simplement allongé dans l’herbe tendre à mes côtés. Son rire cristallin s’échappait, laissant entrevoir l’émail perlée de ses dents. Je ne savais que dire et probablement encore moins que faire. Ces couloirs, ces portes et ces livres, je les avais très certainement rêvés mais lui était bien présent, palpable si l’envie me prenait d’avancer un tant soi peu la main.

- Peut-être voudrais-tu grimper jusqu’à la cime de l’arbre ?

- Pourquoi faire ?

- Les Réponses… murmura-t-il de sa voix envoutante.

- Je les ai déjà me semble-t-il.

Il haussa un sourcil broussailleux, déstabilisant mon assurance.

Je fouillais alors ma mémoire et m’interrogeais : du savoir qu’il m’avait semblé acquérir, il ne restait rien en dehors d’une vague impression, à peine tangible. Les connaissances s’entrouvraient et disparaissaient aussitôt, dissipées parmi l’éther.

Je plongeais mes yeux au fond de son regard bleu glacier et y refroidissais mon étonnement. Il avait raison. Une fois de plus, tout m’échappait. Je quittais l’océan de son regard malicieux pour les plonger dans l’apaisement de la verdure. Au moins, tout n’était plus blancheur. La matière terrestre m’entourait et chantait bien haut sa présence éclatante.

Néanmoins, l’insatisfaction commençait à poindre et à me ronger. Le désir avide de savoir, la sagesse des connaissances acquises le temps d’un instant me manquait. La lourdeur de ce manque menaçait de m’étouffer.

Mon brownie me scrutait. J’étais certain qu’il lisait dans mes pensées, cela se voyait à son sourire qui s’élargissait au fur et à mesure de ma réflexion. Bientôt, le doux rire allait fuser.

L’attrait des branches devenait soudain presque aussi irrésistible qu’un porte-monnaie bien renflé attendant d’être ramassé sur la chaussée. Qu’avait-il dit au départ ? Il me semblait l’avoir entendu énoncer qu’au bout de cette folle expédition, ce que j’avais touché du bout de ma conscience et que j’avais tant convoité me serait offert. Jusqu’où étais-je près à aller ?

La folie s’échappait de mon esprit, incontrôlable. Elle ne connaissait plus de limites, s’emparait de mes pensées et les noyait au cœur de sa seule présence.

Le rire, doux, irrésistible…

Inconsciemment, je m’étais levé. J’observais de nouveau les branches : elles me semblaient si inaccessibles, leurs bras s’entremêlant en un imbroglio impénétrable.

A force de les regarder, j’avais désormais la sensation qu’elles bougeaient d’elles-mêmes, se liant et se déliant jusqu’à former un semblant d’échelle, rudimentaire, certes, mais tout de même une échelle, faite de bois brut, avec son écorce, ses brindilles qui se ramifiaient auxquelles les feuilles dentelées chantaient les louanges d’une telle excursion.

J’interrogeais silencieusement mon ami du regard. Il m’encourageait également. Ses yeux m’invitaient à l’audace. Encore hésitant, je caressais l’écorce rugueuse : cet arbre m’avait vu naître, il était déjà le roi de ce jardin merveilleux.

Lentement, j’attrapais la branche la plus basse. Jamais je n’avais eu la prétention d’être l’acrobate de ces êtres mystérieux : l’impression de puissance qui se dégageait de leur essence m’enivrait tout autant qu’elle m’intimidait.

Aujourd’hui, poussé par je ne sais quel démon, je passais outre. Mes mains avançaient, une branche après l’autre : c’est vrai qu’elles formaient une échelle en fin de compte, rien de difficile. Mes pieds, par la force des choses, suivaient docilement.

Au fil de mon ascension, je percevais de nouveau l’exaltation suprême, celle qui m’avait déjà envahi dans l’interminabilité de ces couloirs immaculés. Je me revoyais ouvrir les livres, page après page et les mots se mariaient cette fois-ci au cœur de l’écorce, imprimant leur sens dans la chair fibreuse de ce sujet gigantesque qui étendait sa sagesse au-dessus de nos têtes.

Quels imbéciles alors faisions-nous ! Que d’inconscience ! Courir ainsi après quelque chose qui, en fin de compte, s’offre à nous journellement. Notre inaptitude à saisir le sens des choses n’a d’égal que notre vanité, celle qui nous pousse à penser notre supériorité.

Les pensées profondes des raisons de l’existence du monde s’insinuaient ainsi en moi, doucement, et me bouleversaient, détruisant toute une vie de certitudes absolues. Je grimpais toujours. Je savais que je progressais inéluctablement vers mon destin. Le rire m’accompagnait de sa douce musique, dispensant ses encouragements.

Je connaissais la question, je savais y répondre. La substance de l’arbre s’insinuait en moi aussi sûrement que le sang coulait dans mes veines. Je devenais lui, il devenait moi. Nous nous mêlions si étroitement que je ne savais plus guère faire la différence entre nos êtres. Mon savoir s’accroissait à mesure que s’éloignait le sol.

Levant les yeux, je rencontrais les glaciers d’eau bleue tendre qui me souriaient. Le rire continuait sa mélodieuse chanson. Surpris, je regardais vers le bas : je n’avais pas eu conscience de son ascension, probablement trop absorbé par la mienne propre. Il s’était fait si léger que le bruit de sa montée s’était fondu avec le chuchotis bruissant du feuillage.

Le sol s’approchait beaucoup plus vite que je ne m’en étais éloigné. Le sifflement de l’air déplacé par ma chute avait éteint le rire et je voyais distinctement s’ouvrir les premières pages d’un livre nouveau…

Par DameBlanche
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